Fraude au DPE : qui est le plus malhonnête ?

Publié le 25 Juin 2024

 

Qui est le plus malhonnête : le propriétaire, l’agent immobilier, le diagnostiqueur véreux ou le journaliste du Parisien ? La question mérite d’être posée à la lecture de « l’enquête » sur l’immense fraude au DPE dans l’immobilier, publiée le 20 juin 2024. D’ailleurs, le quotidien régional cherche-t-il à dénoncer des fraudes ou à donner des voix à Jordan Bardella ?

De nombreux diagnostiqueurs véreux ?

D’abord, le Parisien affirme que les diagnostiqueurs véreux sont de plus en plus nombreux. Il se base sur des témoignages anonymes et fait des allégations non étayées. Près d’un millier de diagnostiqueurs auraient été formés gratuitement en 2023 ? D’où sort cette donnée ? Au fait, ils ne se contentent pas de se former, ils doivent aussi se certifier et se recertifier.

Ensuite, les journalistes contactent des diagnostiqueurs pour leur demander de classer une passoire thermique en DPE E. Ils écrivent alors : « beaucoup refusent d’emblée mais on trouve quand même des escrocs ». Soyez cohérents face à un sujet aussi important. Vous venez à peine de nous répéter que ces pseudo-diagnostiqueurs étaient « nombreux », qu’on les trouvait en « 2 clics » et que ce milieu était un « repaire d’escrocs » !

Une étude récente et étayée, que nous vous présenterons demain, conclut au contraire à une diminution du nombre de DPE de complaisance. N’importe qui peut affirmer qu’il y a de plus en plus de diagnostiqueurs fraudeurs, sans preuve, données ou analyse. Cela s’appelle un préjugé, c’est-à-dire une opinion basée sur des critères personnels.

Pas de contrôle des DPE !?

Combien y a-t-il eu d’appels passés pour dégoter les pires, ceux qui proposent des DPE à distance, qui bidouillent les logiciels, ou qui font signer de prétendues décharges de responsabilité au propriétaire ? Par ailleurs, selon vous, ce phénomène explose, car le diagnostiqueur margoulin agirait en toute impunité en l’absence de contrôle. Tiens donc…

Entre les campagnes annuelles de la DGCCRF, les contrôles documentaires du certificateur, les recertifications, etc., peu de professions sont aussi réglementées et contrôlées. Ce discours d’ignorants, sur l’absence de formation et de contrôles, est à l’origine de l’onéreux renforcement du dispositif de certification à compter du 1er juillet 2024. Il y aurait pourtant d’autres moyens de fiabiliser la réalisation du DPE.

Propriétaires et mandataires, tous escrocs ?

Votre article laisse croire – et c’est évidemment faux – que tous les propriétaires de passoires thermiques, ou leurs mandataires, veulent frauder en dissimulant le vrai niveau de performance énergétique. Mettre le locataire en situation de précarité énergétique ? Tromper l’acquéreur ? Ruiner les efforts en matière de transition écologique ? Qu’importe ! Les voilà prêts à payer 280 € pour le DPE de complaisance d’un studio.

À ce propos, vous parlez de diagnostiqueurs sans certification, non assurés, etc. En revanche, vous oubliez de rappeler que le propriétaire et l’agent immobilier ont l’obligation légale de faire appel à une personne qui satisfait aux conditions de compétences, d’organisation, d’assurance, d’impartialité et d’indépendance. Sinon, ils s’exposent à une amende de 1 500 €, 3 000 € en cas de récidive, voire plus en cas de procès.

Papier calomnieux et conséquences

Quand on cherche à tout prix des escrocs, on les trouve, quelle que soit la filière. Ils ne sont pas nombreux, mais s’ils salissent autant la profession, c’est notamment parce que les journalistes braquent les projecteurs sur eux. On les éclaire si fort que le diagnostiqueur formé, certifié, assuré et qui bosse dur sur ses diagnostics techniques perd toute visibilité.

C’est pourtant lui qui paiera pour eux. Il devra se ruiner pour conserver sa certification DPE, voir son assurance RC Pro augmenter, faire face à des propriétaires méfiants, etc. L’entreprise du margoulin aurait disparu de toute façon, avec ou sans l’intervention de la presse. Ces sociétés sont éphémères et leurs dirigeants trouvent toujours un moyen de contourner les règles. Il est possible de les dénoncer sans généraliser leurs pratiques.

Enfin, le parti pris politique de ce papier caricatural est flagrant. Le Parisien le publie pendant les Législatives 2024, alors que la transition écologique s’affaiblit. Cela dit, c’est un choix presque assumé. En effet, plusieurs lignes sont consacrées à la décision de Jordan Bardella de revenir sur les DPE. Elles reprennent ses arguments sans aucune distance. Par conséquent, le plus malhonnête de l’histoire, c’est peut-être bien Le Parisien.

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